« Pas d’écologie sans économie » disait-il.

Écologie et phrases choc ça ne marche pas toujours.

Lors d’une journée de formation à l’écologie et l’économie circulaire dans le cursus Green Skills, il m’a été permis d’entendre une phrase étonnante de la part d’un orateur:

« Pas d’écologie sans économie »

Objection votre Honneur !

Comme il se doit parce que mon caractère est ainsi fait et parce que certaines rhétoriques à l’emporte-pièce de la part de magnats auto-suffisants méritent d’être recalées, je n’ai pas su me taire.

Il paraît évident à chacun d’entre nous que la Terre et ses écosystèmes préexistaient à toute forme de développement économique hormis, évidence supplémentaire, son propre système interactif que nous nommerons l’économie de la Nature.

Aujourd’hui, il est démontré que nos économies et nos systèmes (sociaux, politiques, économiques) reposent sur les ressources que nous puisons dans notre environnement et sur la pérennité des écosystèmes selon l’usage, l’intensité ou la gestion que nous y exprimons.

L’économie des marchés est donc une  rétro-boucle de l’activité humaine, elle-même composante (et pas des moindres) de l’écosystème Terre. « Pas d’écologie sans économie » démontre la suffisance d’un mode de pensée qui relègue l’environnement et le respect de la Terre dans un lieu inexistant puisque non monnayable. Le /dev/null du CAC40, du STOXX ou de certains programmes politiques. La pensée du 19ème siècle dans toute sa splendeur.

Cependant l’affirmation permet d’étendre la réflexion. L’économie à tellement bouleversé les écosystèmes et les sociétés, qu’effectivement la pensée écologique s’est développée et parfois radicalisée à la suite des actions destructrices des tissus sociaux et environnementaux. Mais il est bien question de la pensée environnementale, du mouvement de réaction, de la prise de conscience enfantée par l’économie de marché telle que nous la subissons depuis deux siècles. Et dans ce cas, face aux impacts issus de l’économie capitaliste on peut affirmer que l’écologie en tant que mouvement politique ou culturel est née de l’économie. Ce n’est pas la même chose et il ne faudrait pas en être fier.

Paradoxalement, dès leur revenus installés, nos heureux magnats installent leurs villas et châteaux au centre d’un bel espace verdurisé (jardin, parc, domaine, forêt, …). Là aussi l’affirmation péremptoire et son contraire se vérifient: le pauvre vit sans Nature car il ne peut se la payer.

Je cite Bertrand de Jouvenel dans Essai sur le mieux vivre , Paris, Gallimard, 2002, p.22-23  »

… Pour y parvenir, il faudrait que l’économie politique devienne l’écologie politique; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus pour dérivations entées sur les circuits de la Nature. Ceci est nécessaire puisque nous ne pouvons plus considérer l’activité humaine comme une chétive agitation à la surface de la Terre incapable d’affecter notre demeure ».


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